samedi 21 octobre 2017

Patrick de Valette "Hobobo"

Ciné 13 Théâtre
1, avenue Junot
75018 Paris
Tel : 01 42 54 15 12
Métro : Lamarck / Abbesses

Ecrit et interprété par Patrick de Valette
Mis en scène par Isabelle Nanty

Présentation : Dans un spectacle loufoque à l’humour décalé et ravageur, Hubert O’ Taquet, professeur dans un CHU mais pas sûr, se pose avec vous ses questions sur notre existence, et bien d’autres encore…

Mon avis : Oh bobo ! Bobo au ventre ! Bobo au ventre de rire… La première moitié du spectacle de Patrick de Valette est carrément désopilante. Son arrivée sur scène depuis le fond de la salle est un moment d’anthologie. Accoutrement insolite, l’air emprunté, sourire niais de ravi de la crèche, regards furtifs et évaporés, rasant le mur il progresse au ralenti. Toujours sans prononcer un seul mot, il arrive sur la scène et regarde le public en se livrant à une kyrielle de mimiques et grimaces toutes plus saugrenues les unes que les autres. Dans la salle, ça pouffe, ça glousse, ça éructe… On ne sait trop quelle attitude adopter face à cet énergumène bizarre et mutique. Enfin, après nous avoir laisser mariner un bon moment, il se décide à parler : « La vie, c’est quoi la vie ? ». Et enchaîne avec la fameuse interrogation rendue célèbre par Pierre Dac : « Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? »…


Dès lors, devant nos yeux effarés et nos esprits déboussolés, le professeur O’ Taquet va nous donner une sorte de conférence animée et imagée sur l’évolution de l’humanité. Partant des tout débuts de la vie sur terre, il se met à mimer avec autant de talent aussi bien les animaux que les végétaux avant d’en venir à l’homme. Mais, nonobstant son accent chantant et sa gestuelle grotesque et farfelue, on s’aperçoit bientôt qu’il est bien loin de raconter des bêtises. Son discours, très étayé, est celui d’un érudit remarquablement documenté. Si la forme est délirante, le fond est sérieux, solide. Ce qui rend le contraste d’autant plus saisissant et la portée réellement efficace.


Patrick de Valette est-il un fou ? A moins qu’il ne soit un sage… C’est bien connu, les extrêmes finissent par se rejoindre. Disons donc qu’il nous livre un message empreint de vérité(s) par le truchement d’une folie douce. Double effet « Kiss Cool » garanti.
Il utilise sa science aiguë du mime, du burlesque et son très large éventail de jeu pour parler darwinisme, philosophie existentielle, métaphysique, psychanalyse même (avec Freud). Il va jusqu’à inventer un langage fait de borborygmes et d’onomatopées et, surtout, il se livre à une débauche physique insensée. C’est un véritable athlète. Pas une once de graisse (j’ai rarement vu des jambes aussi musclées), il s’en donne à corps joie. Il saute, il court, il danse (avec un côté Nijinski atteint du syndrome de la vache folle), il rampe, fait le poirier. Il est complètement déjanté… Et puis, soudain, sans qu’on n’y soit préparé, il pique une crise. Il hurle, invective, investit la salle, atteint un pic d’exaspération… et se calme aussi soudainement qu’il s’est énervé. Tout penaud, il s’excuse, conscient d’avoir « dérapé ».


Et là, les lumières se font psychédéliques, il se dépouille au propre comme au figuré, et se fait l’apôtre du Peace and Love et du Hare Krishna avec travail sur les chakras. C’est là que j’ai un peu décroché. La chute de rythme et de tension a provoqué chez moi une chute d’attention. C’est dommage car jusqu’à cette séquence, je n’ai cessé d’être ébahi par les trouvailles extravagantes qu’il va puiser dans son esprit labyrinthique et par sa gestuelle insensée.
Reste que Hobobo est un spectacle inénarrable et atypique, interprété par un hurluberlu hyperdoué. Il est évidemment très visuel, mais il sait aussi être didactique sans en avoir l’ère. Patrick de Valette mérite amplement son titre de « Maître du gag et de l’absurde ».

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 20 octobre 2017

Vincent C "Magie non censurée"

Apollo Théâtre
18, rue du Faubourg du Temple
75011 Paris
Tel : 01 43 38 23 26
Métro : République

Spectacle de magie conçu et interprété par Vincent C

Présentation : Arrivant du Québec, doté d’un style bien à lui, Vincent C nous propose une magie nouvelle. Ses diableries maltraitent les ficelles traditionnelles du genre et proposent des numéros aussi farfelus que dérangés ?
Colombes, couteaux, vaudou, fumée… tous les ingrédients sont réunis. Mais la recette concoctée par Vincent C renferme un ingrédient secret qui pousse le public à l’hilarité et à la stupeur. Alliant prouesse, enchantement et stand-up, il dépoussière la magie et nous offre un spectacle non conventionnel qui reflète ses multiples personnalités : provocant, un peu tordu, souvent cynique, mais surtout, SURTOUT, drôle, irrévérencieux et audacieux.

Mon avis : Tout au long de ce show étourdissant d’humour, d’inventivité et d’insolence, je me suis demandé ce qui pouvait bien se cacher derrière le « C » de Vincent C… Fasciné par sa pluridisciplinarité, me perdant en conjectures, je l’ai trouvé si multiple que ce sont plusieurs réponses qui se sont offertes à moi. Je vous les livre dans le désordre en espérant qu’elles vous donneront envie de découvrir par vous-même cet énergumène.


Canada : Natif du Québec, Vincent C pratique la magie depuis une bonne dizaine d’années. Bardé de récompenses et de prix, il est le seul magicien au monde à avoir remporté deux Mandrakes d’Or, récompense suprême dans cette discipline qui équivaut à un Oscar.

Comique : Pendant près d’une heure et demie, on n’arrête pas de rire devant ses facéties, ses blagues, ses gags. L’humour est visiblement dans ses gènes et, qualité suprême, il ne craint pas de se moquer de lui-même.

Cynique : Grand amateur d’humour noir, il adore choquer, effaroucher, scandaliser. Plus il entend de cris d’horreur et de Oh et de Ah de protestation, plus il jouit.

Charmeur : Avec son large sourire et son œil qui frise quand il prépare un mauvais coup, il dégage une telle sympathie qu’on lui pardonne tout.

Chambreur : C’est un serial vanneur. Il ne fait pas bon être ciblé par son regard laser. Il rebondit sur tout et se sert de tout : le physique, le prénom, les vêtements, la maladresse au frisbee… Bref, il tourne tout en dérision.

Créatif : Dire qu’il a plus d’un tour dans son sac est un euphémisme. Utilisant des accessoires inattendus (bazooka, tondeuse à gazon, courant haute tension…), il nous présente des numéros vraiment originaux. Au début du spectacle, lorsqu’il déclare « Marre de la magie traditionnelle », et bien il tient parole et nous le prouve.


Cruel : Ce mec a le sadisme jovial. C’est affreux de voir comment il se régale à zigouiller une demi-douzaine de volatiles par soir, à massacrer les portables de ses victimes, à malmener son assistante. Plus c’est trash, plus il exulte.

Captivant ; Il nous propose des tours absolument fascinants. Adepte du suspense et des effets gigogne, il adore nous embarquer dans une direction que l’on croit être une impasse et bifurquer soudain pour nous amener à une chute totalement imprévisible.

Camelot : Quel tchatcheur ! Vincent C est un baratineur hors pair. Avec sa faconde et son haut débit, il réussit sans mal à nous faire gober des couleuvres tout en en avalant une lui-même.

Coquin : Il aime bien les allusions un tantinet polissonnes. C’est un Québécois-Gaulois. Il est même capable d’aller très loin dans la sensualité. J’en veux pour preuve ce numéro que je qualifierai de « Strip-Houla » (vous comprendrez en le voyant).

Colombophobe : Brigitte Bardot ne pourrait pas supporter les (mauvais) traitements qu’il inflige à ses innocentes partenaires à plumes.

Caroline : Elle est son assistante et son souffre-douleur. A elle les tâches ingrates et les situations inconfortables de cobaye. Heureusement pour elle, à son air désabusé, on voit bien qu’elle se fout royalement de devoir subir toutes ses humiliations. Elle fait le job en traînant des pieds en attendant que ça se passe.

On pourrait allégrement ajouter : Charismatique, Clown, Choquant, Convivial, (dé)Culotté… et j’en passe.
Cet artiste déconcertant de talent peut décliner à l’envi vingt, cent « C », ce sera toujours fidèle au spectacle qu’il propose.

Gilbert « Critikator » Jouin

jeudi 19 octobre 2017

La Tribu de Pierre Perret "Au Café du canal"

Irfan (Le Label) / Editions Adèle

Sortie le 20 octobre 2017

Pierre Perret et les Ogres de Barback est une vieille histoire d’admiration métamorphosée en amitié. La jeunesse des quatre frères et sœurs Burguière a été bercée par ses chansons (à noter que Pierre Perret a écrit « Celui d’Alice », bien avant de faire la connaissance d’une des sœurs Burguière. Il n’y a donc aucun lien de cause à effet) et le destin ne pouvait que leur permettre de se rencontrer. Entre eux, la complicité a été immédiate. Alors, histoire de marquer les soixante de carrière de leur maître et ami, les Ogres ont eu l’idée la plus logique qui soit : lui offrir en cadeau un album de reprises de quelques unes de ses chansons. Mais l’événement étant d’ampleur, ils ont battu le rappel d’une flopée d’artistes partageant leur amour pour le Pierrot. Ils ont donc constitué une « Tribu ». Une tribu pour un tribute, quoi de plus naturel ?

Pas facile de ne devoir choisir que 15 titres dans un répertoire aussi riche qui s’apparente véritablement à une Œuvre. Pierre Perret a écrit et composé plusieurs centaines de chansons parmi lesquelles nombreuses sont celles qui font définitivement partie du patrimoine de la grande variété française. N’ayons pas peur d’un néologisme audacieux : « Pierre Perret est l’auteur de chansons que l’on peut qualifier d’« imperretsables ». Son amour de la langue, son vocabulaire léché et imagé, son immense tendresse, son goût tout aussi immense pour la gaudriole… Il est unique dans son genre.

C’est donc un réel bonheur que de retrouver sa verve et sa plume si personnelles dans ce CD qui n’est en fait qu’un vibrant hommage en quatorze chapitres. Les Ogres et leurs complices d’un album ont conservé bien respectueusement la substantifique moelle de Pierre Perret, mais ils l’ont accommodée à leur sauce. Ils y ont mêlé leur ADN, viscéralement festif, et leur esprit « Musique du voyage » et l’ont instillé à leurs partenaires pour faire de ce disque un grand moment de partage, de fraternité et de réjouissance.
Cet album-hommage devrait - s'il en était besoin - asseoir encore un peu plus le papa de Lily (une Lily qui a eu 40 ans cette année) dans la... "perretnité".


Les Ogres de Barback sont des carnassiers, des gloutons, des amateurs de bonne chère comme de bonne chanson française. Ils se jettent sur la nourriture mais ils la mastiquent lentement et longuement pour en savourer le goût et toute la subtilité des si nombreuses saveurs dont le chef Perret a saupoudré ses chansonnettes. Et qu’il a, évidemment, liées avec le fameux accompagnement qui a fait son succès : sa sauce aigre-douce au miel et au piment.

Chaque titre est intéressant. Aucun ne ressemble volontairement à un autre. Les seules choses qui soient homogènes dans cet opus sont : des arrangements sobres, colorés et variés, des voix très devant (indispensable pour bien goûter la qualité des textes, même si on les connaît par cœur), une réelle volonté de réappropriation (les interprétations sont très personnelles).

Tout à trac, je vous livre mes impressions :
-   Ma p’tite Julia. Un délice de douceur et de tendresse. Pierre Perret chante quasiment a cappella en alternance avec un slameur inattendu qui s’appelle François Morel sur les magnifiques envolées de l’accordéon de Lionel Suarez. Elle vient en deuxième position dans mon hit-parade.

-     Mimi la Douce. Superbe voix éraillée et accent quasi « parigot » du Toulousain Magyd Cherfi (Zebda). A souligner la beauté de la flûte et une musique allant crescendo, d’abord douce et discrète puis de plus en plus « fanfaresque ».

-    Estelle. Rythme trépidant sur une ambiance reggae remarquablement arrangée. Ça avance tout le temps. La joie de chanter de Tryo est évidente et perceptible. A noter la jolie délicatesse des chœurs.


-   Je suis de Castelsarrasin. C’est ma préférée. Les chanteurs Mouss (Zebda), Hakim et Lo Barrut et leur fort accent du Sud-Ouest se marient agréablement avec la suavité d’Olivia Ruiz. Ils chantent comme frères et sœur, avec un bel esprit de famille. La construction de ce titre est redoutablement efficace. Ça commence sur un ton plutôt nostalgique avec une grosse contrebasse ; puis les cuivres font leur apparition ; soudain, olivia élève le ton. Les chœurs (mélodieux) et les tambours s’en mêlent. Et tout cela finit dans une espèce de gospel mâtiné de cassoulet dans lequel tous les ingrédients précédents se mélangent. C’est ma-gni-fique !

-    Lily. En intro, les chœurs en dialecte africain (Eyo’nlé Brass Band) se répondent en écho. Puis l’accordéon somptueux de Lionel Suarez s’immisce pour accompagner subtilement l’interprétation véhémente et engagée d’un Féfé visiblement investi.

-     Ma nouvelle adresse. Encore une autre ambiance façon big band (The Very Big Experimental Toubifri Orchestra). La voix écorchée de Loïc Lantoine s’installe habilement entre les parenthèses tour à tour sobres et fêtardes. A noter un petit clin d’œil à la ritournelle enfantine de « Sonnez les matines ».

-    L’oiseau dans l’allée. Version créole traitée façon chorale (Danyèl Waro, Rosemary Stanley, Jidè Hoareau, René Lacaille). C’est audacieux, très agréable à entendre. Belles interventions des cuivres et des percussions. Mention spéciale à la superbe voix de Rosemary Stanley.

-   La Vivouza. La cornemuse donne d’emblée une connotation celtique. Deux belles voix chaudes et viriles (Christian Olivier et Benoît Morel) qui se succèdent et s’entrecroisent joliment. Peu à peu, l’ambiance devient de plus en plus martiale pour redescendre et finir en douceur.

-    La petite Kurde. Intro en Arabe. Idir nous fait cadeau d’une version pleine d’émotion et de sensibilité. Il s’investit tellement que sa voix en devient parfois tremblante. Trouvaille judicieuse que ces pincements de cordes qui ajoutent à la mélancolie. Superbe.

-     Mon p’tit loup. Cette fois, c’est l’accent africain de Flavia Coelho qui nous embarque dans un voyage exotique. Sur une ambiance reggae remarquablement concoctée et interprétée par le Eyo’nlé Brass band, on entend l’espoir dans sa voix. Vocalement et musicalement, c’est une vraie réussite.

-    Celui d’Alice. La voix très chantante et mise très avant d’Alexis HK, sa diction parfaite nous force à l’écoute. Il y a dans son interprétation une certaine majesté empreinte de respect qui sublime la beauté de l’écriture.

-    Tonton Cristobal. Cette fois, nous faisons escale en Amérique du Sud. L’arrangement, d’une réelle densité, est vraiment fignolé. L’accent marseillais ajoute une saveur d’aïoli sans les tortillas. Ça dépote et c’est plein de fantaisie.


-    Le zizi. Quel duo ! Le couple composé de François Morel et Didier Wampas, pour inattendu qu’il soit, se révèle particulièrement croustillant. Là où le premier met du sourire et de la jovialité dans sa voix, le second apporte son énergie légendaire et sa truculence parigote. Résultat : on découvre deux zizis, deux versions, deux interprétations dans la même chanson ! Et la fin est complètement folle. Ce zizi-là est vraiment couillu.

-    Fillette, le bonheur c’est toujours pour demain. C’est la chanson qui synthétise la vocation de cet album car il réunit Pierre Perret et les Ogres de Barback. Qu’il est doux d’entendre Pierre Perret dans un registre où il excelle : la tendresse. On distingue une variété d’instruments originaux qui ajoute à la beauté intrinsèque de ce titre. C’est de la mélancolie positive. Une chanson « à s’en faire péter les cages à miel » !



-     Au Café du canal. Toute la « Tribu » s’est rassemblée pour terminer cet album en apothéose. C’est une sorte de résumé des 14 précédentes chansons. On retrouve sur ce tango ces voix si caractéristiques et ces accents si ensoleillés qui nous ont enchanté et qui donnent toute son originalité à ce concept. Ce titre en est la parfaite synthèse.

Gilbert "Critikator" Jouin

mercredi 18 octobre 2017

Les Duos impossibles de Jérémy Ferrari 4

C8
Samedi 21 octobre à 21 h 00

Présentation : Le thème de cette quatrième édition ? La perfection !
Comique à l’humour corrosif, Jérémy Ferrari ne recule devant rien pour faire rire son assemblée… Pour la quatrième année consécutive, il propose un spectacle avec des sketches improbables en duo. Chaque séquence a été écrite spécialement pour l’occasion autour de la recherche du tandem parfait. Quel humoriste parviendra à atteindre le plus haut niveau d’excellence avec le maître de cérémonie ? Qui parviendra à le convaincre ?
Ont accepté de relever le défi :
Cécile Giroud & Yann Stotz, Anthony Kavanagh, Mamane, Guillaume Bats, Blond and Blond and Blond, Kyan Khojandi, Virginie Hocq, Ahmed Sylla, Eric Antoine & Guillaume Bats

Mon avis : J’ai eu la chance d’assister à l’enregistrement de ce divertissement à Bruxelles. Etant très friand de l’univers caustique et joyeusement subversif et insolent de Jérémy Ferrari, je puis assurer que ce spectacle a particulièrement répondu à mes attentes.


Jérémy est un artiste exigeant. Il ne supporte pas l’à-peu-près et l’eau tiède. Raisons pour lesquelles il a énormément travaillé en amont sur les écritures conjointes des sketches et leur interprétation avec chacun et chacune de ses complices d’un soir. La dizaine de tableaux proposée est d’un excellent niveau. Ils sont tous très différents et adaptés à la personnalité du ou des partenaires de Jérémy. C’est du sur mesure. Tous les styles d’humour y sont donc représentés avec, toutefois, une propension particulière à l’absurde ou au burlesque. Certains sont même de véritables petits films, et en costumes s’il vous plaît.


J’ai trouvé en chacun des sketches quelque chose qui m’a amusé. Mais celui qui, incontestablement, a emporté, à mon goût, la palme de la drôlerie, du délire, est celui avec Virginie Hocq. Cette jeune femme est incroyablement clownesque. Elle ne recule devant rien et surtout pas devant le ridicule. Au contraire, plus c’est osé, plus elle y va. Et, pour ce qui est du ridicule, Jérémy Ferrari n’y donne pas sa part aux chiens.
En deuxième position, je place le sketch avec Kyan Khojandi, qui est un petit bijou d’écriture et de finesse de jeu.


Ensuite, chacune des interventions de Guillaume Bats, souvent empreinte d’humour noir et d’autodérision, est une réussite. Ahmed Sylla, avec son humour de plus en plus affuté, ainsi que Giroud et Stotz avec leur folie douce et cartoonesque sont absolument épatants. Eric Antoine fait du Eric Antoine, c’est tout ce que l’on attend de lui ; c’est parfait. Et le contraste physique entre lui et Guillaume Bats n’a quasiment pas besoin de mots pour provoquer un effet comique… Anthony Kavanagh nous distille un sketch particulièrement provocateur… Les Blond and Blond and Blond nous proposent leur appropriation cocasse de chansons avec gestuelle complètement loufoque… Quant à Mamane, il apporte au spectacle une savoureuse dimension satirique.


Ce doit être un grand bonheur pour des artistes que de se produire devant un tel public belge. Biberonnés au non-sens, au second degré, à l’absurde, les spectateurs belges sont spontanément prompts à l’enthousiasme, naturellement enclins à apprécier la provocation à sa juste valeur. Avec un tel renvoi, un tel partage, les humoristes doivent se sentir véritablement portés.

« Bref », comme dirait Khojandi, cette quatrième édition des Duos impossibles de Jérémy Ferrari est un excellent cru à consommer sans aucune modération.

Gilbert "Critikator" Jouin

Fraissinet en concert

L’Auguste Théâtre
6, impasse Lamier
75011 Paris
Tel : 01 43 67 20 47
Métro : Philippe-Auguste

Les 23, 24 et 25 octobre à 20 h 30

Pour avoir vu Fraissinet sur la scène de l’Européen, je ne peux que vous recommander chaudement son spectacle. Passant de la légèreté à l’émotion, ce garçon au charisme indéniable et à la sensibilité à fleur de peau, nous fait vivre un grand moment de partage. Ne faisant qu’un avec son piano, totalement habité par ses chansons, il se donne avec une générosité rare. Tout est soigné chez ce beau ténébreux : son look, ses textes, ses mélodies, ses attitudes, son interprétation… Et puis, quelle voix ! Véritable collectionneur de timbres, il en fait ce qu’il veut. Chaude, frémissante, veloutée, forte ou fragile, elle constitue un instrument à elle toute seule.


En bientôt dix ans de carrière, Fraissinet vient de sortir avec Voyeurs son troisième album studio. Auréolé d’une multitude de prix dans divers festivals (du Public, du Jury, du Meilleur artiste francophone…), il s’est également vu décerner un Prix Sacem ainsi que le Coup de Cœur Francophone de l’Académie Charles-Cros.

Si ce n’est pas déjà fait, si vous aimez la belle et bonne chanson française, venez découvrir cet artiste authentique et chaleureux dans l’intimité de L’Auguste Théâtre.

samedi 14 octobre 2017

Thomas VDB "Bon chienchien"

Sentier des Halles
50, rue d’Aboukir
75002 Paris
Tel : 01 42 61 89 95
Métro : Sentier

Vendredi et samedi à 20 heures

Présentation : Pourquoi lire les livres en entier ? Que doit-on crier entre les morceaux pendant un concert ? Est-ce que c’est grave d’avoir un survêtement qui sent le tabac ? A-t-on vraiment besoin de mettre des DJ partout ? Attend-on une réponse quand on demande à son chienchien « Qui c’est le pépère ? » Est-ce qu’un bébé ça doit manger tous les jours ?
Le djihad pourrait-il s’organiser uniquement avec des jeux d’eau ?
A bientôt 40 ans, Thomas VDB ne lésine plus quand il s’agit de poser les questions essentielles…

Mon avis : Franchement, le spectacle de Thomas VDB est inracontable. Ça a l’air de partir dans tous les sens, il passe sans vergogne du coq à l’âne, et pourtant tout se tient. Il y a certes quelques thèmes principaux qui émergent comme la musique (le rock et le classique), Internet, la culture, la paternité… mais ils les traite d’une telle façon qu’aucun ne constitue un véritable sketch. Il effleure un sujet, passe à un autre, revient sur le premier, s’embarque dans une digression… En fait, il nous raconte sa vie, mais vue par le petit bout de la lorgnette. Jamais de plan large. Chez lui, tout est dans le détail, dans l’anecdote, dans le ressenti. Il adore mettre la loupe sur des futilités, des petites situations qui lui posent problème, qui l’agacent. Il est très sensible à des broutilles, à des petits riens qui l’interpellent et qu’il cherche à comprendre. Il de déclare d’ailleurs à plusieurs reprises : « J’ai besoin de savoir ».


VDB a la désinvolture véhémente. Il s’indigne pour des insignifiances. Avec son timbre de voix si particulier, ce phrasé qui n’appartient qu’à lui, ce débit haché et cette gestuelle impétueuse, il nous prend à témoins de ces petits faits qui lui encombrent le quotidien. N’attendez pas de lui de grandes envolées sur la politique ou la société, lui tout ce qui l’intéresse, c’est l’accessoire. Il n’y a chez lui aucune agressivité, aucune méchanceté, aucun cynisme. Il se complaît dans une forme de marginalité. Chez lui, le diable est dans le détail, dans le comportement et dans les allégations de ses potes. Il s’ingénie à tenter d’analyser le pourquoi de petites phrases banales du genre « J’ai préféré le bouquin » à propos de l’adaptation cinématographique qui en a été faite sans être pour autant capable de l’expliquer. C’est là tout son génie.


Capable de nous faire rire avec n’importe quoi – c’est un vrai talent - il joue avec les évidences, jongle avec les ellipses, excelle dans les formules à l’emporte-pièce, distille quelques notes d’absurde, pratique sournoisement la mauvaise foi. Avec son irrésistible faconde, il pratique sans cesse l’autodérision. Il se connaît bien, il ne se fait pas de cadeau tout en restant quand même assez complaisant avec lui-même. Il est comme un grand gamin qu’un rien révolte et qu’un rien amuse ; il a aussi une appétence très prononcée pour la farce, surtout si elle est de mauvais goût et pour les images un tantinet saugrenues. Il nous livre beaucoup de lui, de son intimité, ce qui le rend d’autant plus sympathique. Tout simplement parce qu’il est proche de nous.


Pendant une heure et quart, Thomas VDB nous offre un véritable feu d’artifice qui ne décolle pas plus haut que le ras des pâquerettes. Il est naturel, il est lui-même, il ne surjoue jamais et il nous met dans sa poche avec son flot de banalités réjouissantes. Son stand-up est unique. Il a une voix, une bouille, un physique, une énergie qui n’appartiennent qu’à lui et qui le rendent si singulier. Hier soir, la petite salle voûtée du Sentier des Halles était pleine à craquer. Le public ne s’y trompe pas : il fait bon partir et voyager dans l’univers volontairement étriqué de Thomas VDB. D’autant que, mine de rien, il nous donne pas mal à réfléchir sur la sottise, la puérilité, voire la vanité de l’existence. Finalement Bon chienchien nous laisse quelques os à ronger…

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 13 octobre 2017

Pomme "A peu près"

Polydor / Universal

Une Pomme est tombée sur ma tête… Exactement comme cela est arrivé à Isaac Newton.
Quelle force d’attraction ! Après avoir savouré son album plusieurs fois, j’estime avec une relative « gravité » que Pomme est un des plus beaux fruits de la chanson française de ces dernières années.
Pomme, c’est d’abord et avant tout une voix. Mais quelle voix ! J’en ai encore les oreilles en compote. C’eût été un sacrilège qu’elle n’utilisât point cet organe exceptionnellement rare pour ne pas le mettre au service de la chanson. Sa voix est fruitée (bien sûr), pleine, voluptueuse, incroyablement mélodieuse… C’est une voix qui a du « sex apple ».


La première chanson m’a scotché. Et pas « A peu près ». Complètement. Passées les premières notes, passé l’effet de surprise, on tombe sous le charme de cette voix qui ne ressemble à aucune autre ; on est décontenancé et séduit par ce phrasé si particulier, cette façon unique de prononcer certains mots, de les découper, d’en faire traîner les syllabes ; on est troublé par ces décrochements, ces murmures, ces brisures, cette vaporosité éthérée, cette sensualité naturelle et primesautière, cet entrelacs de force et de fragilité… Sincèrement, la voix de Pomme est hors norme. C’est comme un instrument de musique qu’on vient d’inventer et que l’on a magnifié en lui donnant quelque chose d’humain.

J’ai bien lu et écouté les treize titres qui composent cet album. Une phrase découverte en exergue dans un coin du livret m’a donné une clé de lecture : « A peu de choses près, voici mon âme. J’ai tout dit plus ou moins »… « Plus ou moins » dans un album qui s’intitule A peu près sans pour autant tomber dans l’approximation est un tour de force. A sa décharge, on peut dire qu’elle est si jeune qu’elle manque encore un tantinet de vécu. Heureusement pour elle. Et pour nous. Elle en a encore des choses à vivre, donc à dire. Pourtant, en dépit de son jeune âge, elle chante des sentiments très matures. Dans La Lavande, son titre apparemment le plus personnel, elle se livre énormément. Une phrase en dit long : « Ma peau n’est pas si jeune, elle connaît les adieux »…
On a donc un joli panorama de sa personnalité. Bien qu’elle ait fait appel à des auteurs différents, son album dégage une réelle homogénéité. Il y a beaucoup d’audace dans les textes. L’amour et la mort (Eros et Thanatos) s’y côtoient aimablement. La jeune femme a visiblement soif d’absolu. Elle ne fait pas dans la demi-mesure.


J’ai remarqué – est-ce voulu on non – que certaines chansons pouvaient s’écouter comme des suites. Par exemple, Adieu mon homme pourrait être la suite de La Gare. De même que De là-haut pourrait être la suite de La Lavande.
Dans Comme si j’y croyais, faussement candide, on comprend qu’elle n’est dupe de rien… Dans Même robe qu’hier, elle évoque une aventure d’un soir. Ce n’est en tout cas pas ce partenaire éphémère qui mérite qu’on dise de lui Ce garçon est une ville… Il y a aussi des histoires de filles (Pauline, On brûlera), un aveu de complexes (De quoi te plaire), une analyse obsessionnelle et quasiment clinique de l’insomnie (Ceux qui rêvent)…

Il y a tant à raconter sur cet album ! Dire que ses arrangements sont fouillés est un doux euphémisme. Il y a plein de couleurs et de climats différents. C’est parfois hyper dépouillé et, parfois, ça frise le symphonique.
Bref, A peu près est une totale réussite. Un album qui trouble et qui fait plaisir. Mais, surtout, quelle voix !!!

Gilbert « Critikator » Jouin

mardi 10 octobre 2017

Francis Huster "N'abandonnez jamais, ne renoncez à rien"

Cherche Midi
206 pages
18 €

« L’accomplissement sera le privilège de ceux qui prendront leurs désirs pour la réalité »…
Vaste projet que nous propose Francis Huster dans cet ouvrage !
Francis est un combattant. Il est pour moi la synthèse entre Cyrano de Bergerac, un guerrier qui ne reculait devant rien ni personne, et Don Quichotte le chevalier idéaliste et généreux. Deux héros qui ont du panache.
Francis Huster est un homme engagé, un citoyen de ce monde dont il est un observateur sensible et avisé. Il est incapable de rester indifférent à quoi que ce soit et ses prises de position, parfois abruptes, sont le plus souvent frappées du sceau du bon sens… Si je fais référence à Cyrano et à Don Quichotte, ce n’est pas fortuit. Dans cet ouvrage dont, c’est à souligner, le titre est un alexandrin, Huster nous incite à « redevenir des combattants et à « réhabiliter l’esprit d’aventure ».
Déjà, à la base, il faut préciser une chose : il n’est dupe de rien. Il sait bien que « la vie n’est pas spécialement belle » et qu’« elle est même souvent moche ». Il ne tombe pas dans un angélisme béat. Car ce n’est pas parce qu’il est lucide sur la brutalité de ce monde qu’il ne faut pas renoncer à l’épanouissement personnel. Bien au contraire !

Tout au long de ces 200 pages, utilisant énormément l’impératif, il est dans l’exhortation. Francis ouvre grand les vannes de sa révolte et l’eau qui s’en écoule n’est pas tiède. En fait, il nous remonte carrément les bretelles. C’est un passionné et son écriture le démontre. Il a le sens de la formule, de la phrase qui frappe et se complaît à jouer avec les mots. Il les aime tellement les mots ! Il parvient même parfois à succomber à un petit travers : exagérer un tantinet rien que pour le plaisir d’un bon mot. Voir un comédien émettre des sentences à « l’emporte-pièce », c’est tout de même paradoxal !
Ce livre est un mode d’emploi. D’emploi de soi d’abord. Puis de soi par rapport aux autres et à la société. Tout en assumant son intention philosophico-pragmatique, il ne nous fait pas du Francis austère. Loin de là. Il est bien plus dans l’encouragement et le conseil que dans la critique ou le mépris. En nous secouant ainsi, en nous incitant à garder les yeux bien ouverts, et en nous recommandant d’être nous-même, il nous tire vers le haut.


Je me suis essayé à compiler quelques phrases-clé qui, d’après moi, résument la pensée de l’auteur :
Il faut commencer par s’aimer soi-même ; oser être soi ; donner libre cours à ses instincts ; avoir le goût de l’exploration, du risque, de la nouveauté ; ne pas avoir de regrets ; s’abandonner au plaisir de la transgression ; pour savoir vivre, il faut être joueur ; lutter contre la résignation ; savoir accueillir l’imprévu ; il incombe de laisser une trace ; les rieurs sont les enchanteurs du monde (en cela, il m’a fait penser à « Au nom de la rose »)…
J’ai juste relevé une petite contradiction, due sans doute à son enthousiasme chronique. Lorsqu’il déclare « N’attends rien des autres ; ils finiront par te suivre… ». Si ces fameux « autres » se fient à ses recommandations, s’ils recherchent leur épanouissement en osant être eux-mêmes, il est inconcevable qu’ils puissent devenir des suiveurs ! Dans l’absolu, si chacun suit les préceptes hustériens, il ne devrait plus exister de suiveurs…

Enfin, tout au long de ce livre, en fil rouge, il y a un personnage dont la vie vient en illustrer le titre « N’abandonnez jamais, ne renoncez à rien », c’est Molière. Inutile de préciser que Francis Huster est un fervent « Moliérolâtre »… Molière et Jean-Baptiste Poquelin, indissociables mais séparables, sont pour lui l’exemple parfait de l’accomplissement de soi à travers leur exigence du vérité et leur « désir illimité de liberté »… Il y a de superbes pages sur l’homme et sur le dramaturge.
En conclusion, je m’amuserai un petit pastiche qui, hélas, n’est pas emprunté à Molière mais à Corneille, mais qui pourrait synthétiser l’exhortation de Francis Huster à prendre son destin en main :
Et aux âmes burnées
La valeur n’attend pas
Le nombre des années

Gilbert « Critikator » Jouin

vendredi 6 octobre 2017

Les Jumeaux "On n'est pas là pour vendre des cravates"

L’Archipel
17, boulevard de Strasbourg
75010 Paris
Tel : 01 73 54 79 79
Métro : Strasbourg Saint-Denis

Spectacle écrit et interprété par Christopher et Steeven Demora
Mis en scène par Pascale Osterrieth

Présentation : Les Jumeaux ont une révélation à faire… En attendant, Dupont et Dupond infiltrent une mosquée, un lion devient végétarien, des mamies deviennent dealeuses, Steeven se lance dans le one man show et Christopher Nolan rencontre un Ch’ti à Dunkerque…
De son côté, Sarko se consacre entièrement à la carrière de Carla, ce qui lui laisse pas mal de temps libre…

Mon avis : Entre le délire complètement frappadingue du Gros Diamant du Prince Ludwig au Gymnase et le numéro de duettistes parfaitement abouti des Jumeaux hier soir à L’Archipel, mes zygomatiques, très sollicités, ont passé une excellente semaine.

Les Jumeaux, Steeven et Christopher, je les avais remarqués lors de leurs passages à l’émission On n’ demande qu’à en rire. Chacune de leurs apparitions – et elles avaient été légitimement nombreuses – m’avait séduit. Je n’avais pu hélas assister à leur premier spectacle. C’est donc avec beaucoup d’envie que je me suis rendu au théâtre de l’Archipel pour les découvrir enfin dans la longueur.
Très sincèrement, la réponse a largement répondu à mon entente. Leur prestation a été en tous points conforme à ce que j’attendais d’eux. Ils sont vraiment excellents. Dans tous les domaines. Leur écriture est précise, ciselée, efficace ; sans aucune scorie ou digression inutiles, elle va à l’essentiel. Avec un sens très aigu et un emploi judicieux de la (bonne) vanne, chaque phrase est conçue pour provoquer le rire… De plus, leurs sketches, déjà remarquablement troussés et construits, sont bonifiés par leur talent de comédiens. Très à l’aise avec leurs corps, rompus à l’exercice du mime, jouant à la perfection avec différents timbres de voix et avec les accents, ils peuvent se permettre de se lâcher sur la gestuelle et les mimiques. A l’instar de leurs textes, leur jeu est précis, alerte, et toujours infiniment drôle.

Photo : Kobayashi

Steeven et Christopher sont élégants, tant dans leurs costumes que dans leur attitude. Leur humour est fin, jamais vulgaire, jamais méchant. Gentiment iconoclastes, ils caricaturent, ils égratignent, ils balancent… Et puis, leur atout le plus important, celui qui fait paradoxalement leur singularité, c’est d’être deux. Et, qui plus est… jumeaux ! Ces deux-là font vraiment la paire. C’est fascinant de voir double sans avoir rien bu d’autres que leurs paroles. Dans « jumeau », il y a jeu de mots ; leur gémellité est propice au ping-pong verbal, aux effets miroirs, à une complicité sans faille. Et comme ce sont de vrais jumeaux, ils monogigotent en stéréo.

Leur spectacle, très visuel, contient une dizaine de sketches donnant lieu à autant de créations de personnages et de thématiques différentes. Distillés sans aucun temps mort, ils sont tous vraiment bons. Je serais bien en peine d’indiquer lequel m’a le plus plu. Ils sont tellement variés qu’on ne peut pas les comparer. Je citerai néanmoins la subtile dimension philosophique que contient le sketch sur les lions et le joli moment de poésie que nous offre Steeven faisant l’apologie de leur Nord natal.
Leur répartition des rôles est impeccable. Steeven est très à l’aise dans les personnages féminins, les incarnations animalières et les pitreries. Il est un peu l’Auguste, la fonction de clown blanc étant dévolue à Christopher qui, lui, est formidablement doué pour les imitations (tant vocales que physiques) ou pour endosser une personnalité (le metteur en scène de one man show, Christopher Nolan). Leur duo, parfaitement huilé, fonctionne admirablement.

Photo : Kobayashi

Tout au long de leur spectacle, sympathiques et bienveillants, Steeven et Christopher sont très proches des spectateurs. Ils les sollicitent, jettent leur dévolu sur le plus vieux et le plus jeune, les questionnent, les provoquent. Ces interventions, intelligemment menées, produisent quelques heureuses ruptures ; comme autant de joyeux petits moments récréatifs.

Si je ne veux rien révéler du contenu de leurs dix sketches, dont il faut souligner la qualité des chutes (ce qui est le plus difficile), pour vous en laisser découvrir tout le sel, je tiens quand même à mettre le dernier en exergue car il est leur plus personnel. C’est un sketch chanté dans lequel, s’accompagnant d’un ukulélé, ils évoquent avec plein d’humour et de tendresse le test de fraternité qu’ils ont passé sept mois auparavant. Ils ne pouvaient pas finir sur une meilleure note, confirmant en cela que pour bien faire l’humour, il faut être (au moins) deux.

Gilbert « Critikator » Jouin

mercredi 4 octobre 2017

Maître Gims au Grévin

Lequel est le vrai ?
Grévin
10, boulevard Montmartre
75009 Paris
Tel : 01 47 70 85 05
Métro : Grands Boulevards


Hier soir, Maître Gims a fait, à 31 ans, sa grande entrée au Grévin. Il est le premier rappeur à figurer parmi l’aéropage des célébrités admises dans le célèbre musée. Entouré de sa femme, de son père, de ses amis, d’artistes avec lesquels il a collaboré ou qu’il produit, comme Vitaa, il a découvert son double de cire sur la scène du théâtre Grévin. Le visage caché par ses habituelles lunettes noires, il s’est montré visiblement impressionné et ému par la qualité de la réalisation du sculpteur Claus Velte qui, il est vrai, est ahurissante de ressemblance (voir photo).Après la cérémonie, sa statue, pour laquelle il a fourni ses propres vêtements, est allée rejoindre la cohorte de « Ceux qui dorment les yeux ouverts » : Michaël Jackson, son idole, Madonna, Lady Gaga, Mick Jagger, Katy Perry… On peut donc l’y découvrir dès aujourd’hui, « Ciré comme jamais »…

Gilbert "Critikator" Jouin